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Vous
le trouverez dans votre bar préféré, répandu
sur le zinc. Si vous sortez la nuit, il est fort
probable que vous en piétiniez quelques-uns. Un
ami aux cheveux teints en bleu en porte toujours,
froissés au fond de sa poche.
Mais qu'est-ce que c'est ? "Mais un Flyer,
voyons!", répond le dandy moderne avec un
soupir d'exaspération. Disons un Objet Volant Non
Identifié. Il y a ceux qui les comprennent et
ceux qui contemplent sidérés ce rien du tout de
papier, présentant une image graphique ambigüe,
par exemple une abeille sur un cactus, ainsi que
de cryptiques indications de date et de lieu. Au
mieux, quelques mots en anglais, performance,
night, club, etc...On dirait un rendez-vous
clandestin: s'agit-il d'une invitation ou d'une
incitation? Le dandy moderne, qui fait partie des
conjurés, sait où, quand et comment. Ce pourrait
être de la propagande. Mais pas du tout. Il
s'agit de pu-bli-ci-té.
Les
Flyers annoncent des fêtes et des évenements
nocturnes, leur but est commercial. Une bien
curieuse publicité, cependant: quel est donc le
produit vendu? L'image graphique absorbe
l'information, comme si l'art utilisait la
publicité. En dépit du simple support papier,
son aspect graphique est le fruit des technologies
les plus avancées, et correspond à l'expression
la plus libre d'une nouvelle génération de créateurs.
Il s'agit bien là d'un véritable langage
graphique, d'une esthétique spécifique, et de
plus, de l'une des premières à se produire à un
niveau mondial, global, dépourvue de centre
radicant d'influence.
Les
concepts se développent suivant des systèmes (dérision,
récupération, recyclage et dynamisme) qui
laissent sous-entendre que nous sommes en présence,
au-delà de l'objet Flyer, d'une véritable éthique,
dont les valeurs s'insèrent parfaitement dans le
cadre de la nouvelle "société de
l'information", et accentuent le rejet de
"l'ordre ancien" des choses. Cependant,
peut-on parler ici d'Art ?
Le
Flyer, objet apocryphe, hautement périssable et
reproduisible, entre-t-il dans la catégorie
"Art"? Voilà qui bouscule bien des
idées reçues. Le malaise envahit l'observateur
pré-électronique, qui se rebelle à l'idée de
nommer artiste quelqu'un qui utilise une machine
qui "sait tout faire". Une série de
pensées fatiguantes s'ensuit: Qui a droit au
titre d'artiste? Celui qui le conçoit ou celui
qui le produit? Où se trouve l'Art? Dans l'objet,
dans la signature de l'artiste ou dans l'oeil de
celui qui regarde? La virtualité reste encore
suspecte.
Le
Flyer provoque de la gêne, dans son flamboyant
mutisme, comme s'il était avant tout l'exaspérant
porte-voix de papier d'une esthétique virtuelle.
Mais le dandy insiste: le Flyer représente bel et
bien quelque chose de réel. De par le monde, des
milliers de jeunes savent lire ses images ambigus,
et peuvent en tirer des données (comme par
exemple le genre musical) , en dépit de
l'apparente carence d'information concrète. Une
nouvelle esthétique implique de nouvelles
sensations, qui à leur tour signifient un nouveau
mode de penser. Nous y sommes: le Flyer, support
éphémère, relève de la propagande, propagande
de quelque chose qui n'existe pas en dehors de la
connexion.
Il
n'est pas d'idéologie qui résiste à un si
humiliant traitement, mais le nouveau mode de pensée
exclut les vertus, de même que la nouvelle
sensation duquel il est né contourne
l'information, de même que l'image tend à échapper
à son auteur, et au sens que celui-ci a voulu lui
donner. Le Flyer sous cet aspect semble le
compromis minimum du monde virtuel avec ce que
nous nommons la réalité. C'est un idiotisme
artistique, il n'existe que pour une journée ou
pour un lieu. Il manipule les images qui nous
manipulent.
Créer
un Flyer est un jeu, nous ne sommes pas si loin
des "cadavres exquis" des surréalistes.
Comme le disait le philosophe José Ortega y
Gasset: " L'idée ou l'image -fantaisie- qui
possède le caractère fascinant n'est pas plus
que la persistance d'une ou plusieurs
perceptions". Comment, dès lors, s'étonner
si c'est justement cette génération, la première
à avoir été élevée entre les ordinateurs,
bercée depuis sa plus tendre enfance par des
images sophistiquées, la première à être
capable, de forme massive, d'assimiler plusieurs
mondes à la fois (p.e. jouer avec la souris en
lisant une page japonaise sur Internet, avec un
chat qui ronronne sur ses genoux, tout en écoutant
JS Bach), qui soit à même de nous offrir ces
fascinantes images.
Enfin
le Flyer, dont la qualité éphémère est l'une
des principales caractéristiques, loin de se
laisser réduire à une seule définition, peut
se présenter sous une multitude d'aspects. Son
absence de nature, d'essence intrinsèque, ouvre
pour le jeune créateur, anxieux de développer
son talent, un champ quasi illimité de liberté
créative, ainsi que la possibilité de
l'exprimer.
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