| Déco
de nuit
De
Paris à Londres, Marbella ou Singapour, le grand
théâtre des nuits a son scénographe : Miguel
Cancio Martins, décorateur des night-clubs et des
bars branchés lounge
On lui doit le Buddha Bar à Paris, le club Olivia
Valère à Marbella, le bar du Raffles à
Singapour... Un pied ici, l'autre là et des
chantiers partout, cet architecte
portugais diplômé de Saint-Luc à Bruxelles fait
figure de Jacques Garcia de la nuit et des belles
fêtes. A Paris, Miguel Cancio Martins s'est
installé sous les verrières du passage du
Grand-Cerf avec toute une équipe d'architectes et
de décorateurs. C'est ici, et dans ses bureaux de
Bruxelles, qu'il invente les nouveaux décors de
vos nuits. Des siennes aussi car Miguel adore
sortir, même si, à 36 ans, il s'est assagi.
Comment
devient-on le metteur en scène de la vie
nocturne, de Paris à Saint-Moritz, de Londres à
New York et bientôt Shanghai ? La difficulté
consiste à démarrer : « Les clients vous
confient un budget important pour un projet qui
est vital pour eux. Ils vont donc vers ceux qui
ont déjà fait quelque chose qui marche. »
Miguel a commencé en 1992 par le Doobie's,
cantine à midi, fermé le soir. Le propriétaire
voulait le rentabiliser : « On a fait une petite
déco, très cosy avec des photos en noir et
blanc. A Paris, il n'y avait rien de ce genre à
l'époque. Rien que le style brasserie, à la différence
de Barcelone, Lisbonne ou Bruxelles. »
La nuit a changé depuis les années 70, les
folles années disco : à l'époque, c'était la
compétition à qui aurait le plus de showlights.
Aujourd'hui, on évite. Sauf dans les boîtes
techno où l'on s'étourdit jusqu'au matin. Même
s'il a réalisé quelques endroits de ce type,
Miguel Cancio Martins est le spécialiste du
bar-restaurant-night-club dans le nouveau style
lounge « after hours » qui triomphe partout : «
Je préfère créer des atmosphères propices à
la communication. » Elément essentiel : la
musique, à tel point qu'il travaille souvent avec
les DJ pour que l'ensemble soit homogène, en
particulier Claude Challe, « DJ des temps
modernes qui a fait tous les CD du Buddha Bar ».
Les couleurs et les sons se complètent pour créer
une ambiance.
Le Buddha Bar, connu internationalement pour le
spectaculaire Bouddha géant qui accueille les
oiseaux de nuit, est emblématique de son travail
et témoigne bien de sa manière de disposer de la
lumière et des couleurs pour que bar et
restaurant fonctionnent de front : « La pièce
principale est en or, le reste, rouge sombre.
Quand le bar est bondé, les dîneurs ne doivent
pas avoir l'impression de se sentir observés du
haut des galeries. La lumière y est donc tamisée.
D'autre part, l'or propage la lumière différemment
du rouge foncé. Résultat, quand on entre, on ne
voit que le Bouddha. L'idée est d'alterner
parties neutres et objets spectaculaires. C'est du
tape-à-l'oeil, il s'agit d'attirer le regard sur
un détail qui donne l'ambiance et éblouit. »
Curieusement, avant le Buddha Bar, Miguel Cancio
Martins n'avait jamais mis les pieds en Asie mais
il s'est rattrapé depuis en travaillant pour le célèbre
Raffles à Singapour : « J'avais très peur. Ce
genre d'institution, si on rate, c'est la
catastrophe absolue ! Pour le bar, le président
du Raffles voulait un côté bordel colonial haut
de gamme. J'ai acheté dix bouquins sur Singapour.
On a essayé d'apporter une touche moderne avec
les tissus et de la chaleur avec la couleur, car
tout était blanc. On n'a pas choisi le rouge,
trop attendu, mais de l'orange saturé et des
nuances de terre. »
Il
n'existe pas de palette « nuit » spécifique :
« On essaie des couleurs qui peuvent paraître un
peu froides, j'ai mis du vert jade pour le Man Ray
qui ouvre à New York et du vert canard à
Luxembourg. » Jeux de lumières aussi mais le
grand problème est que la plupart de ces lieux
doivent fonctionner de jour comme de nuit, même
si la tendance nuit l'emporte toujours car elle
dure plus longtemps... et rapporte plus. « Dans
la journée, on aime la lumière. Même en hiver,
on veut entrer dans un endroit éclairé comme par
le soleil. Le soir, c'est le contraire, on a envie
d'aller dans un endroit un peu sombre, tamisé, même
s'il fait encore jour à 10 heures comme en été.
»
Difficile exercice que d'émerveiller sans fin les
jet-setters noctambules, qui connaissent aussi
bien le Hush du fils de Roger Moore à Londres que
le Kazbar à Casablanca, le Barfly à Paris ou le
Doc Cheng's à Hambourg... tous signés Miguel
Cancio Martins ! L'essentiel est de proposer
quelque chose de différent de ce qui existe déjà
dans la même ville, « en Irlande, un bar
marocain parce qu'à Dublin tout le monde fait du
Conran, comme à Londres. A Londres, on a réalisé
deux projets, l'un asiatique, Opium (lauréat d'un
prix pour le meilleur concept de l'année), avec
des espaces comme dans une fumerie, et un autre,
style tribu, pseudo-africain ». Une seule fois
Miguel a reproduit le même lieu, ou presque : le
Man Ray à Los Angeles sur le modèle de celui de
Paris. Au début, cela a marché avec la clientèle
locale mais les vrais fêtards internationaux
n'ont pas eu leur content de surprise...
Et à propos d'effet de surprise, la question que
tout le monde se pose : le sublime Bouddha, d'où
vient-il ? De nulle part, il est en polystyrène,
il a été monté sur place et trois hommes
peuvent le porter.
Dominique Gaulme
Signé
Miguel Cancio Martins
A Paris :
Doobie's, 2, rue Robert-Estienne (coin
Marbeuf), 8e ; 01-53-76-10-76. Barfly,
49-51, avenue George-V, 8e ; 01-53-67-84-60. Buddha
Bar, 8, rue Boissy-d'Anglas, 8e ;
01-53-05-90-00.
Times Club (un night-club), 49-51, rue de
Ponthieu, 8e ; 01-53-75-44-45. Man Ray,
32-34, rue Marbeuf, 8e ; 01-56-88-36-36. The
Monkey's Club, 65-67, rue Pierre-Charron, 8e ;
01-58-56-20-50. Sans oublier le Jaïpur,
25, rue Vernet, 8e ; 01-44-31-98-00... le
Fred's Café, 2, rue de Cronstadt, 15e ;
01-48-28-74-32... le Baldi, 55, boulevard
Gouvion-Saint-Cyr, 17e ; 01-56-68-99-40.
Ailleurs :
Restaurant Warner's World à Los Angeles.
Night-club Olivia Valère à Marbella.
Night-club Billionaire à Porto Cervo, Sardaigne.
Doc Cheng's à Hambourg.
Le Relais à Saint-Moritz.
Kazbar à Casablanca.
Opium Bar à Londres.
Strictly Hush à Londres.
Prego, Somerset et Inagiku au Raffles à
Singapour.
Discothèque Wengen au Club Med de Wengen en
Suisse.
Man Ray à New York.
Rain Man au Luxembourg.
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